THIAROYE 1944 : L’ÉTAT FRANÇAIS CONDAMNÉ POUR SES CARENCES DANS LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ
Le tribunal administratif de Paris a rendu, ce 27 mars 2026, une décision à forte portée mémorielle en reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la gestion postérieure au massacre de Thiaroye du 1er décembre 1944.
Saisi par le fils d’un tirailleur sénégalais tué lors de cet épisode tragique, le tribunal a examiné deux griefs : d’une part, la responsabilité de l’État dans la mort du soldat, et d’autre part, les manquements dans la recherche de la vérité sur les circonstances du drame. L’intéressé, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, avait été fait prisonnier avant d’être rapatrié puis interné au camp de Thiaroye, près de Dakar, où il a trouvé la mort lors des tirs de l’armée française.
Sur la question du décès, la juridiction administrative a opposé une fin de non-recevoir fondée sur la prescription. En vertu d’une législation ancienne, remontant à 1831 et modifiée en 1945, le délai pour engager la responsabilité de l’État était de quatre ans à compter de l’information du décès. La famille ayant été informée en 1953, toute action en réparation est aujourd’hui juridiquement éteinte.
En revanche, le tribunal a retenu une faute de l’État dans la gestion du dossier sur le plan historique et administratif. Il relève que les autorités françaises ont, pendant des décennies, fourni à la famille des informations erronées, évoquant notamment une désertion ou une réaction proportionnée des forces armées. Des éléments depuis officiellement corrigés, notamment avec la requalification du statut du tirailleur, déclaré « Mort pour la France » en 2024.
Malgré ces révisions tardives, la juridiction estime que l’État n’a pas mobilisé tous les moyens nécessaires pour établir les circonstances exactes du décès ni localiser le lieu de sépulture. Compte tenu de la gravité des faits et de leur portée symbolique, cette carence est jugée constitutive d’une faute engageant la responsabilité de l’État.
Au titre de ce manquement, le tribunal a accordé au requérant une indemnisation de 10 000 euros pour préjudice moral. Une décision qui, sans rouvrir le droit à réparation sur le fond du massacre, marque une étape supplémentaire dans la reconnaissance judiciaire et mémorielle de ce drame historique.
RTS
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