Jeûner pour la première fois : des élèves racontent l’épreuve du Ramadan

premier jour du Ramadan au Sénégal, la chaleur de la mi-journée pèse déjà sur la cour du CEM de Ouakam Yaay Ndjira. Il est un peu plus de midi. Dans les couloirs presque assoupis du collège privé, l’ambiance tranche avec l’agitation habituelle : les pas sont lents, les voix plus basses, les visages marqués par l’effort. Ici, certains élèves vivent un moment charnière de leur vie : leur tout premier jeûne.

Dans une salle de classe à moitié plongée dans le silence, Binetou Ndiaye, 15 ans, élève en classe de 3e, s’est isolée pendant que ses camarades profitent de la pause dehors. Allongée sur la table, la tête posée sur ses cahiers, elle tente de trouver un peu de répit. Ses lèvres sèches et son regard fatigué trahissent l’épreuve. Pour elle, cette première expérience ressemble à un combat contre son propre corps.

« J’ai observé le jeûne. C’est la première fois de ma vie mais c’est très difficile. Je ne l’ai jamais pratiqué. Là, je ne me sens pas bien, j’ai des vertiges, j’ai l’impression que tout tourne. Le ventre est creux, la gorge sèche et je ne vois presque plus rien. Je pense que je ferais mieux de rentrer me reposer sinon je risque de m’évanouir », confie-t-elle d’une voix affaiblie. Pas vraiment prête à franchir ce cap, elle explique avoir commencé après ses premières menstrues, signe d’entrée dans l’obligation religieuse au sein de sa famille.

Entre ruses et détermination

Quelques mètres plus loin, à l’ombre d’un mur, un groupe partage des sandwiches et des boissons fraîches. Parmi elles, Arame Fall, élève en 5e, reconnaît sans détour qu’elle ne parvient pas encore à tenir. « Je suis encore jeune, je ne peux pas jeûner. C’est très difficile de se priver de manger et de boire toute la journée. À la maison je dis que j’ai jeûné, mais ici à l’école je mange. Je préfère attendre encore un peu, peut-être deux ans, parce que je ne suis pas prête à supporter ça », admet-elle.

À l’opposé, Mouhamed Diallo, 13 ans, en classe de 6e, affiche une détermination fière : « C’est ma première expérience et j’essaie de gérer. J’ai un peu sommeil mais ça va. J’ai décidé de commencer jeune pour m’habituer. Je veux jeûner tout le mois s’il plaît à Dieu. Les cours finissent plus tôt, cela nous aide. J’encourage mes camarades à essayer parce que plus on commence tôt, plus c’est facile après. »

L’éclairage religieux : l’âge de la maturité

Face à ces expériences diverses, le prêcheur Oustaz Mass Dieye apporte une réponse doctrinale sur l’âge requis. « En islam, le jeûne du Ramadan n’est obligatoire que pour les musulmans pubères, sains d’esprit et en bonne santé. Pour une fille, l’obligation commence dès l’apparition des menstrues. Pour un garçon, la majorité religieuse est atteinte à partir du rêve éjaculatoire ou de l’apparition de signes physiques », explique-t-il.

Il précise toutefois que l’initiation reste une étape clé : « Un mineur non pubère n’est pas obligé de jeûner. Toutefois, une initiation progressive est encouragée : laisser les enfants essayer de jeûner sans les contraindre peut les préparer et leur faciliter la pratique une fois adultes. » Derrière l’obligation se dessine ainsi une expérience humaine faite d’apprentissage, d’efforts et de respect des limites physiques.

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